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LETTRE DE MADAME BLAVATSKY
DÉCOUVERTE DU DOCTEUR ROTURA

[La Revue Spirite, Paris, décembre, 1879]

Vous ne nous écrivez donc plus? Et pour varier vos plaisirs parisiens, vous me démolissez dans la Revue! C’est bien; je vous ai envoyé ma réponse. Que signifie donc cette histoire de mes «30 ans»? Vous auriez du comprendre que c’était une erreur d’imprimerie, tandis que votre journal prend mon parti de la manière la plus charmante, tout en laissant cependant ses lecteurs dans l’idée que j’ai cherché à me rajeunir! Mes amis, je puis être originale, avoir mes défauts, mais je n’ai jamais eu de vanités ridicules; je suis une vieille femme depuis bien des années, et l’idée de m’accuser d’une pareille sottise est vraiment un peu forte. J’ai passé 30 ans dans l’Inde; j’ai l’âge que je parais, le visage basané sillonné de rides profondes, et mes 30 ans dorment depuis nombre d’années aux antipodes de ma vie flétrie. J’offre mon portrait d’après nature à qui veut l’accepter comme preuve à l’appui, et ne veux point passer pour une sotte.
Avez-vous lu dans les journaux de France le récit de la dernière grande découverte en Australie, faite par le professeur Rotura? Il plonge les animaux dans une transe—la mort en apparence—qu’il laisse durer pendant vingt jours, deux mois, dix mois et plus, autant qu’il veut, il les fait revivre de suite à son gré, bien portants et joyeux; le tout s’accomplit par une manipulation de l’une des artères du cou, où il fait une légère piqûre avec une aiguille trempée dans le jus d’une plante, il les anesthétise. Le journal qui annonce cette «Découverte Merveilleuse», qui peut révolutionner les marchés du bétail, jette des cris de


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triomphe et de joie, car, dit-il, on pourra maintenant envoyer à Londres et ailleurs des transports entiers de bétail vivant sans que la nourriture coûte rien, ils feront la traversée empaquetés comme des corps morts. Ce journal, dis-je, a publié la chose au premier janvier. Le Brisham-Courier, le Pall Mall [Gazette], et d’autres journaux en Angleterre en ont parlé à satiété; cette découverte a eu lieu quelques six mois avant sa publicité, en mai ou juin 1878. Veuillez chercher La Revue Spirite, juillet 1878, et celle d’octobre 1878, où vous avez traduit mon entrevue avec un reporter du World, à New-York, et comparez ce que j’ai dit au reporter à propos du dégagement de l’âme et du corps astral chez les animaux, par les bergers de Thibet, qui en ont le secret depuis des siècles. Et j’ajoutais: «Je prédis que, avant une année, la science aura découvert ce procédé sur les animaux inférieurs». Juste, un an après, Rotura le découvrait. Suisje médium? Non. Ce n’était pas une prophétie, car dans une lettre reçue de l’Inde, de l’un de nos frères et chefs ici, on m’ordonnait de l’annoncer au monde et je l’ai fait. J’ai contredit le reporter, dans mon article d’octobre, parce que je ne lui ai jamais dit avoir assisté moi-même à l’opération faite par les bergers de Thibet, qui habitent dans les Himalayas, a 28,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, ni l’avoir fait moi-même. Mais, comme c’était jusqu’à ce jour l’un des secrets de nos adeptes, je ne me croyais pas le droit d’en parler plus qu’il ne fallait.

J’ai vu faire cette opération par nos «Frères», cinquante fois, sur des êtres humains. Ils ont opéré sur moi-même, et j’ai dormi une fois pendant onze semaines, croyant tout le temps être réveillée, et me promenant partout comme un revenant de Pontoise, sans pouvoir comprendre pourquoi les personnes n’avaient pas l’air de m’apercevoir et ne me répondaient pas. J’ignorais entièrement que j’étais débarrassée de ma vieille carcasse, qui, à cette époque-là, était un peu plus jeune d’ailleurs. C’était au commencement de mes études. Pour les animaux, la science saura le secret; pour les personnes, non, elle peut attendre encore la matérialiste. C’est le grand secret connu des fakirs, qui se laissent enterrer pour des mois et ressuscitent après un certain temps.

 

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À notre dernier voyage, à Jeypoor (Radjpoutana), le pays des «Enfant de la Race Solaire», il y a trois mois, nous vimes ce phénomène s’accomplir: un fakir, ou plutôt un yogi (car les fakirs sont musulmans en général), un yogi Indou se mit en transe, se fit murer dans une chambre et y resta 28 jours, devant une foule énorme et en présence de gens bien élevés, et sceptiques comme toujours; les officiers du gouvernement du Maharajah firent démurer la porte et on en sortit le cadavre. Au bout d’un quart d’heure, l’homme revint à lui, et saluant le public, il s’en alla. Il avait accompli cet acte de phénoménalité comme pénitence.

Nous n’avons pas de systèmes, mais des «faits» et par centaines, bien attestés, qui s’appuient sur une philosophie connue depuis des milliers d’années, qui explique tous ces faits scientifiquement et prouvant ce qu’elle dit.

Ce ne sont ni les Anglais ni les autres peuples qui mettront jamais la main sur les vieux manuscripts qui expliquent ces phénomènes; ni Brahmans, ni Bouddhistes, qui en ont le secret, ne les livreront aux Max Müller et Cie. Mais notre Swamy Dyananda Saraswati, savant de première classe, homme qui connait son sanscrit comme personne ici, un yogi qui a passé sept ans dans les jungles (forêts de broussailles vierges, déserts couverts de végétations tropicales, où ne vivent que les bêtes féroces et les yogis qui n’en ont aucune peur), qui est profondément versé dans les sciences occultes et les secrets de pagodes, un Brahman lui-même, fournira n’importe quel manuscrit, car nous sommes de la Société appartenant à l’Arya-Samaj de l’Aryavarta; puisqu’il est chef suprême de la section des Védistas (ceux qui étudient et reconnaissent les Védas pure et simples), de la Société Théosophique, vous comprenez que nous avons des facilités d’accès naturels auprès de ces vieux trésors de l’ancienne littérature Védique des Aryas, comme personne autre. À Ceylan, une branche de notre Société vient d’être formée sous la direction du Grand-Prêtre du Pic d’Adam, le linguiste le plus distingué de Ceylan, sachant son pali sur le bout des doigts. Eux aussi, les Bouddhistes, nous offrent leurs manuscripts et offrent de nous traduire tout ce que


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nous voudrons, car ils nous considèrent comme leurs frères et soeurs.
A Lhasa au Thibet, une autre branche se forme sous la direction des lâmas initiés. Vous verrez dans quelques années combien notre société sera respectée et recherchée.
H. P. BLAVATSKY.

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