Blavatsky Collected Writings volume 10 Page 48

PSYCHOLOGIE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE

(Notes importantes)

[Le Lotus, Paris, Vol. III, No. 16, juillet 1888, pp. 202-206]

Dans le No. 14 du Lotus [mai, 1888, p. 105] se trouve un article de Franz Lambert traduit du Sphinx, contenant le passage suivant, transcription d’une tablette qui représente l’arrivée du défunt:

On y voit le défunt labourant les Champs-Élysées, les semant et récoltant. Le froment y a 7 aunes de hauteur, les épis en ont 3 et la paille 4. Sur la moisson il prélève une offrande pour Hapi, le dieu de l’abondance, etc.

J’ai souligné les erreurs, et voici pourquoi: dans le Livre des Morts, chap. CIX, versets 4 et 5, le défunt s’exprime ainsi:

Je connais ce champ d’Aanrou à enceinte de fer, dont le froment a sept coudées de hauteur: son épi a trois coudées, sa tige en a quatre, etc.

Hapi n’est pas le dieu de l’abondance. Lorsqu’on le trouve dans une cérémonie où la momie joue le rôle principal, c’est un des Génies funéraires. Hapi personnifie l’cau terrestre ou le Nil dans son rôle primordial, comme Noun personnifie l’eau céleste. C’est un des «Sept Lumineux» * qui accompagnent Osiris-Soleil. Au chapitre XVII [versets 38 et 39] du Livre des Morts il est dit: «Les Sept Lumineux, ce sont Amset, Hapi, Tiaumautef, Kebhsennouf, Maa-tef-f, Ker-bek-f, Har-khent-an-mer-ti; Anubis les a placés en protecteurs du sarcophage d’Osiris [le Soleil pendant l’éclipse et la nuit]». Hapi, comme Amset qui le précède, est un génie psychopompe (Mercure), qui reçoit sept dons d’Osiris-Soleil, peut-être bien parce que Mercure reçoit sept fois plus de lumière du Soleil que la Terre.

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* Les Sept Esprits planétaires.
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Dans la hiérarchie céleste des Archanges de la présence, ou «les Sept yeux du Seigneur», Hapi et Amset correspondent à Gabriel, le Messager, et à Michel, le patron de tous les golfes et promontoires, qui tous deux personnifient l’eau terrestre ainsi que Hapi. Quelques-uns de nos pieux amis se récrieront ici. Ils diront: Gabriel et Michel ne sont pas des dieux psychopompes; ce dernier est l’Archistrategus, le général en chef de l’armée du Seigneur, le Vainqueur du Dragon-Satan, le Victor diaboli, tandis que Gabriel est le «Fortitudo Dei» et son Messager. Parfaitement. J’ajouterai même que Michel est le Quis ut Deus, si cela leur fait plaisir. Cela n’empêche pas qu’ils sont tous les deux notre Hapi et notre Amset égyptiens à tour de rôle. Car cet Hapi, cet «œil du soleil», sa flamme, est le chef «des divins chefs», qui avec six autres accompagne Osiris-Soleil «pour brûler les âmes de ses ennemis» * et qui tue le grand Ennemi, l’ombre de Typhon-Set, autrement dit le Dragon. L’Église catholique appelle ce septénaire , gardien vigilant, parce que c’est précisément son nom dans le Livre des Morts, les «Sept Lumineux» étant les gardiens du sarcophage d’Osiris. Voyez plutôt le marquis de Mirvillè qui s’en vante dans son Mémoire à l’Académie.
Mais il ne s’agit pas précisément ici d’Amset ou d’Hapi, et nous pouvons laisser un instant Gabriel et Michel sur leurs planètes respectives. Ce dont il est question, c’est des notes intéressantes de Ch. Barlet. Il attire l’attention du lecteur sur «les innombrables concordances» que présente le susdit article avec les doctrines des théosophes. Il donne quelques examples, mais il en laisse passer un des plus remarquables. Je veux parler des versets cités du Livre des Morts, concernant le défunt au champ d’Aanrou. Ce chapitre est la plus éclatante corroboration des sept principes de l’homme que l’on puisse trouver dans la religion ésotérique de la vieille Égypte.
Le lecteur est prévenu de ne pas chercher ces analogies ou concordances entre les deux systèmes ésotérique et

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* Livre des Mork, chap. XVII, verset 37,
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exotérique dans les traductions de nos orientalistes. Car ces Messieurs ont pour habitucle de mettre plus de fantaisie que de vérité dans leurs interprétations. Adressons-nous plutôt à la Cabbale. Là le système septénaire nous offre la table suivante:

Les Sept mondes ou plans du kosmos visible

Le reste est inutile. Je ne donne que les trois premiers mondes avec leurs Anges et leurs Planètes correspondant aux sept lettres divines. Les noms des Anges, à part les deux premiers, sont des substituts; ils s’interchangent d’ailleurs entre eux et avec les planètes. Il n’y a que Gabriel qui soint resté fidèle à son Mercure, bien que, pour des raisons fort connues,* l’Église donne aujourd’hui à Gabriel, Jupiter pour planète. Michel balance entre le Soleil et la Lune. Mais comme ces deux planètes étaient, dans l’ésotérisme égyptien, les yeux du Seigneur—le Soleil étant l’œil d’Osiris pendant le jour, et la Lune, l’œil d’Osiris pendant la nuit—elles sont interchangeables.
Partant de là, il sera facile de comprendre le reste. Le champ d’Aanrou est le Devachan. Le froment semé et récolté par le défunt et qui a sept coudées de hauteur représente le karma semé et récolté par les sept principes

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* Le petit scandale produit au VIIIe siècle par le sorcier-évêque Adalbert de Bavière qui compromit ce pauvre Uriel.
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du mort durant sa vie. L’épi qui a trois coudées est le trinaire supérieur (Atma, Buddhi et l’arome de Manas), ou le triangle supérieur.*

Les quatre coudées (la tige ou la paille), sont les quatre principes inférieurs (kama rupa, le corps astral, le principe vital, l’ vital), représentés par le carré.

Or, l’homme a toujours été figuré dans les symboles géométriques, ainsi:

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* Les lecteurs qui ont suivi attentivement l’enseignement donné par Le Lotus comprendront aisément toutes ces choses et celles qui suivent; quant aux autres, nous ne pouvons leur donner que le conseil de lire Le Lotus depuis le commencement (N. de la Direction).
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En Égypte c’était le tau symbolique, la croix ansée:

Ceci est la représentation de l’homme. Le cercle ou l’anse qui surmonte le tau est une tête humaine. C’est l’homme crucifié dans l’espace de Platon, ou le Wittoba des Indous (Voir Moor’s Hindoo Pantheon). En hébreu le mot homme se rend par Anosh, et comme le dit Seyffarth, ce signe

«représente, je crois, le crâne avec le cerveau, siège de l’âme, et les nerfs s’étendant vers l’épine dorsale, le dos, les yeux ou les oreilles. En effet, la pierre Tanis le traduit constamment par anthropos (homme), et ce mot écrit alphabétiquement en égyptien est ank. En copte c’est également ank, vita, ou mieux anima, ce qui correspont à l’anosh, :&1!, des Hébreux, signifiant précisément anima. :&1! est le primitif +&1! pour *"1! (le pronom personnel «je»). Anki, en égyptien, se traduit: mon âme».
Il est intéressant que Seyffarth traduit numériquemcnt * Anosh, cet équivalent hébreu pour l’homme, par 365—1, ce qui pourrait signifier 365+1=366, ou bien 365—1=364, ou les phases des temps de l’année solaire, montrant ainsi ses relations astronomiques.†

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* Rappelons aux lecteurs qu’en cabbale on doit tenir compte de la valeur numérique des lettres: : ou sh vaut 3; & ou o vaut 6, etc.
Nous demandons pardon aux cabbalistes de cette note un peu naïve, mais nous faisons notre possible pour être clair vis-à-vis des lecteurs qui sont novices en ces choses (N. de la Direction).
† J. Ralston Skinner, Source of Measures, p. 53.
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Nous voyons done que l’année solaire, ou plutôt le nombre de ses jours, se trouve correspondre à l’homme septénaire, ou deux fois septénaire, car nous avons l’homme psychique aux sept principes ou plans éthérés et l’homme physique dont la division est la même, ce qui fait 14 et correspond aux trois chiffres 3, 6, 5,=14. Voyons si l’œil nocturne d’Osiris, la lune ou le symbole duJéhovah hébreu, y correspond. Il est dit dans un manuscript non publié et for cabbalistique:

Les anciens ont toujours fait un usage mystérieux des nombres 3 et 4, composants du nombre 7. Une des principales propriétés de ce chiffre ainsi divisé, c’est que, si nous multiplions 20612* par 4/3, le produit nous donnera une base pour la détermination de la révolution moyenne de la lune et si nous multiplions encore ce produit par 4/3 nous aurons une base pour trouvcr la période exacte de l’année solaire moyenne.†

Maintenant, examinez bien la croix anséc ésotérique des Égyptiens. La croix c’est le cube déployé dont les six faces nous donnent le septénaire, car nous avons 4 en ligne verticale et 3 en ligne horizontale, ce qui fait 7, la cellule du milieu etant commune aux deux lignes. Le 4 et le 3 sont les nombres les plus ésotériques, car 7 cst le nombre de la vie, le nombre de la nature même, commc il cst aisé de le prouver en se reportant aux règnes végétal et minéral. 3 est l’esprit; 4 est la matière. Mais dans le symbole en question qui est purement phallique, puisqu’il représente l’homme vivant ct septénairc, c’est le 4 qui correspond à la ligne mâle; c’est, cn effct, le Tétragrammaton, le Tétraktys sur le plan inféricur, «l’Homme céleste» ou AdamKadmon, le mâle-femelle (c’est-à-dire Jah-vah ou

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* Ce nombre est le numérateur de 20612/6561 d’ou l’on tire le nombre 7r, rapport du diamètre à la circonférence (N. de la Direction).
† [From an hitherto unpublished MS of J. Ralston Skinner in the Adyar Archives, comprehensive information about which may be found in Vol. VIII, pp. 219-20 (Note 6) in the present Series. —Compiler.]
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Jéhovah); ou bien encore Chochma et Binah (la Sagesse et l’Intelligence, le divin Hermaphrodite), sur notre plan cosmique et terrestre. La ligne horizontale des trois surfaces du cube est le principe féminin. C’est Jéhovah-Ève de la race pré-Adamique, qui, comme Brahmâ-Vâch, se sépare en deux sexes. Cette Ève, qui fut la Sophia ou le Saint-Esprit * des Gnostiques, donna naissance à Caïn-Abel, le mâle et la femelle sur terre dans la race d’Adam (Voir dans The Secret Doctrine, mes Notes sur Caïn et Abel).
Une fois dans l’autre monde, les principes constitutifs du défunt se séparent de la manière suivante: 1, le principe vital quitte le corps; 2, le corps se dissout; l’esprit astral s’évapore avec le dernier atome physique. Il reste du quaternaire inférieur le Kama rupa, c’est-à-dire le périsprit de l’homme animal. Quant au ternaire supérieur, il quitte le quaternaire inférieur; et l’Esprit avec son véhicule l’Âme divine, accompagnés de l’arome spirituel du manas, réunis dans l’Unité de l’Ego immortel, se trouvent dans l’état heureux de Devachan. Le périsprit (âme animale) ne conserve de la partie inférieur de manas (âme humaine) que juste assez d’instinct pour rechercher des médiums à vampiriser. Sa destinée est de s’évaporer un jour. En attendant, il ne vit que de la vie et de l’intelligence des vivants (médiums et croyants), qui sont assez faibles pour se laisser posséder: c’est donc une misérable vie d’emprunt.
Et voilà ce que veulent dire les 3 coudées des épis et les 4 coudées de la tige du froment qui croit dans les Champs d’Aanrou.
H. P. BLAVATSKY.

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* Voyez «l’Evangile apocryphe (?) des Hébreux» où l’auteur fait dire à Jésus: «Ma Mère, le Saint-Esprit, me prit par un cheveu de la tête et me transporta sur le mont Thabor». Je traduis l’original.
[This passage is quoted by Origen in his Comm. in Evang. Joannis, tom. II, p. 64, thus: “Modo accepit me Mater mea Sanctus Spiritus, uno capillorum meorum, et me in montem magnum Thabor portavit.”—Compiler.]
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